La Secrétaire permanente du guichet unique du commerce et de l’investissement, Haoua Sorgho : « c’est un cri du cœur que je lance à toute la population : consommons ce que nous produisons, consommons ce que nous connaissons ».

En sa séance du 8 octobre 2026, le Conseil des ministres a révisé le décret portant fixation de la liste des produits soumis à Autorisation spéciale d’importation (ASI) et à Autorisation spéciale d’exportation (ASE). Cette révision intègre désormais les concentrés de tomates, les détergents, le savon et l’eau de javel sur la liste des produits soumis à l’ASI. Dans cette interview accordée à Sidwaya, la secrétaire permanente du guichet unique du commerce et de l’investissement, Haoua Sorgho, revient sur les motivations de la prise de ce décret et l’impact attendu. Elle y lance également un appel à toutes les parties prenantes à jouer pleinement leur partition afin de permettre à la nouvelle mesure de produire tous les effets escomptés.

Sidwaya (S) : Le gouvernement à travers un décret, a révisé la liste des produits soumis à autorisation
spéciale d’importation, en intégrant de nouveaux produits comme les concentrés de tomates, les détergents, le savon, l’eau de javel. Qu’est-ce qui a motivé la prise de ce décret ?

Haoua Sorgho (H.S) : Le conseil des ministres, en sa séance du 8 octobre 2026, a pris un certain nombre de textes pour encadrer plusieurs secteurs d’activités. Et c’est dans ce cadre que le ministère de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat a soumis trois décrets qui ont été adoptés. Et parmi ces décrets, il y a le décret fixant la liste des produits soumis à autorisation spéciale d’importation et des produits soumis à autorisation spéciale d’exportation. Ce décret s’inscrit dans la vision du gouvernement de mieux apprécier les flux des échanges commerciaux, de promouvoir la production nationale et de protéger le consommateur. L’autorisation spéciale d’importation est un mécanisme administratif mis en place pour encadrer les importations d’un certain nombre de produits jugés stratégiques, et préalablement définis en fonction des informations économiques.

De même, les auto-risations spéciales d’exportation sont également un dispositif administratif mis en place pour contrôler la sortie d’un certain nombre de produits, jugés stratégiques et conformément à nos orientations, à nos besoins. Ces dispositifs ont été mis en place pour avoir une certaine visibilité afin de pouvoir suivre les flux commerciaux, de disposer des informations justes sur les produits concernés pour la prise de décision. Ils ne viennent donc pas fermer le marché burkinabè aux produits similaires venant de l’extérieur. Il s’agit juste de permettre à l’Etat d’avoir plus de visibilité conformément à ses orientations, à sa vision. Parlant de vision, depuis, le 30 septembre 2022, jusqu’à nos jours, le Président du Faso, le camarade capitaine Ibrahim Traoré a décidé de faire de l’industrialisation un pilier du développement écono-mique de notre pays. Suivant cette volonté politique bien affrichée, plu-sieurs unités industrielles ont vu
le jour avec l’accompagnement du gouvernement et du peuple, à travers l’actionnariat populaire, et l’engage-ment du secteur privé.

Avec cet essor industriel, il y a eu la production d’un grand nombre de produits sur le marché burkinabè dans plusieurs domaines. Il était donc indiqué pour le gouvernement de prendre un certain nombre de mesures pour accompagner ces unités indus-trielles afin de leur permettre de pérenniser leurs activités, rentabiliser leurs investissements et de protéger les consommateurs. C’est dans ce sens que le gouvernement a décidé de voir dans quelles mesures, il faut ajouter ces nouveaux produits mis sur le marché par nos unités nationales à la liste des produits soumis à l’autorisation spéciale d’importation et à l’autorisa-tion spéciale d’exportation, au regard du volume de production, du niveau important de consommation et d’importation de ces produits similaires venant de l’extérieur. Dans cette dynamique, depuis 2022, l’exécutif a eu à réviser à quatre reprises le décret portant autorisation spéciale d’importation et d’exportation. En 2023, il a été révisé pour prendre en compte le fil de coton, les aliments pour bétail et pour volaille qui sont produits par nos unités nationales et qui sont disponibles maintenant sur le marché national.

En 2024, il a été également révisé pour prendre en compte la tomate fraîche, les mangues, le miel et d’autres produits sur cette liste des produits soumis à autorisation spéciale d’importation et d’exportation. Le 30 juillet 2026, ce décret a d’abord fait l’objet de révision pour prendre en compte les couscous, les semoules et gritz de maïs sur la liste des produits soumis à l’autorisation spéciale d’importation. Et dernièrement, le 8 octobre 2026, il a encore été révisé pour prendre en compte un certain nombre de produits de nos unités nationales que sont les concentrés de tomates, l’eau de Javel, le savon et les détergents.

Désormais, toute personne qui veut importer des détergents, des concen-trés de tomate, de l’eau de javel, du savon a l’obligation de demander une autorisation. Il n’y a pas ce jour où lesdits produits ne sont pas utilisés dans une famille, dans un ménage, dans un hôpital. C’est pour dire que ces produits sont fortement consommés, fortement demandés et nos unités nationales sont en mesure d’approvisionner le pays, d’assurer les besoins de nos consommateurs.

La prise de ce décret s’inscrit dans la vision du gouvernement de mieux apprécier les flux
des échanges commerciaux, de promouvoir la production nationale et de protéger le consommateur.

Il y a donc lieu de prendre des mesures pour réguler le marché afin d’assurer l’écoulement de ces produits, d’accompagner les investisseurs
et assurer également la protection des consommateurs. Parlant des concentrés de tomates, vous convenez avec moi qu’il n’y a pas ce jour où ce produit n’est pas utilisé dans les grandes villes, par les familles, pour la production des repas que chacun de nous consomme.

S : Malgré que la demande de ces produits soit forte, vous rassurez donc que cette mesure ne va pas entraîner leur rupture sur le marché ?

H.S : La mesure n’a pas été prise de façon fortuite, mais au regard du niveau de production de ces unités qui peuvent répondre aux besoins de la population au niveau national, voire même couvrir d’autres demandes au niveau de la sous-région, au niveau national. De 2022 à 2026, pour le secteur des détergents et des concentrés de tomates, 23 unités ont été mis en place, dont 21 dans le secteur des détergents et deux dans le secteur de la transformation de la tomate fraîche.

Le montant des investissements de ces 23 unités se chiffre à près de 26 milliards F CFA, avec plus de 1700 emplois créés au profit de la population. Pour ce qui est de leurs capacités de production, à titre d’exemple, en matière de détergents en poudre, nos unités nationales produisent plus de 115 000 tonnes, contre des importations d’environ 50 000 tonnes. En matière d’eau de javel, nos unités nationales peuvent produire plus de 11 millions de litres, contre 2 millions de litres importés. La production dépasse largement de loin ce que nous importons. Je rassure donc que ces produits sont disponibles et que nos unités nationales sont en mesure de produire des quantités suffisantes pour répondre à la demande de la population, tout en travaillant à assurer leur sécurité.

Car, ces produits étant fabriqués par nos unités nationales, nous avons la maîtrise de la composition des matières utilisées. Le fait qu’ils sont produits par nos unités locales nous permet de réguler également leur production et de rassurer les consommateurs. Ces produits sont disponibles, de qualité et à la portée des consommateurs. Il reste à travailler à ce que ces produits soient présents sur le marché, dans les différents lieux de commerce, mais aussi dans nos assiettes afin d’accompagner ces unités industrielles, ces promoteurs qui ont accepté d’investir massivement en créant des emplois, de la richesse. Tout cela concourt au développement de notre secteur économique.

S : Pouvez-vous revenir plus en détail sur l’impact attendu de ce décret ?

H.S : La prise de cette mesure va permettre de faire la promotion de ces produits nationaux, d’accompagner
ces acteurs économiques dans l’écoulement de leur production. Et qui parle d’écoulement de la production, parle d’augmentation du chiffre d’affaires. Qui parle d’augmentation du chiffre d’affaires, parle également d’investissement. Et qui parle d’augmentation de l’investissement, parle de création d’emplois. Et qui parle de création d’emplois, parle donc de création de richesses pour l’économie et pour tout le monde. L’intérêt, c’est aussi la protection du consommateur, que nous sommes.

Cette mesure est un instrument politique en matière de commerce qui vise à accompagner les acteurs locaux. Mais, il appartient aux promo-teurs qui interviennent en amont et en aval de prendre à bras le corps la promotion et la distribution de leurs produits. Car, c’est dans cette dynamique qu’ensemble, l’Etat et investisseurs pourront donc assurer le développement industriel. Et je précise que l’inscription de ces produits sur la liste des produits soumis à autorisation spéciale d’importation et autorisation spéciale d’exportation ne veut pas dire que tous les documents qui étaient demandés pour l’importation sont suspendus ou retirés.

Non, la nouvelle mesure vient en complément afin de réguler le marché et permettre l’écoulement de nos produits nationaux. J’invite donc tous ceux qui importent ces produits de demander une autorisation spéciale d’importation pour faciliter les formalités douanières. Car, de par le passé, ces produits n’étaient pas soumis à l’autorisation spéciale d’importation. Mais, depuis l’adoption de ce nouveau décret, ils le sont désormais. Les importateurs doivent donc s’attacher aux services du guichet unique du commerce et de l’investissement qui est chargé de faciliter l’obtention de ce document.

S : Concrètement, quelle est la procédure pour obtenir cette auto-risation spéciale d’importation de ces nouveaux produits ?

H.S : Concernant la tomate, les concentrés de tomate, pour obtenir l’autorisation spéciale d’importation, il y a la facture pro-forma datant de six mois que vous devez avoir. Vous devez être à jour de vos impôts en disposant de l’attestation de situation fiscale timbrée à 500 F CFA. Vous amenez ces deux documents au niveau du Guichet unique du Commerce et de l’Investissement. Nous allons donc vous faire acheter les imprimés que la Chambre du Commerce vend et dont le prix global ne dépasse pas
2 000 F CFA. Si nous avons ces documents réunis, nous vérifions leur authenticité, et procéder donc à la délivrance de l’autorisation spéciale d’importation. Mais par moments, nous avons besoin des avis d’autres ministères compétents pour pouvoir nous assurer de la conformité, du respect de la réglementation, avant de procéder à la délivrance de cette autorisation spéciale d’importation, qui n’est que le premier document pour enclencher la procédure liée à l’importation.

De 2022 à 2026, 21 unités de production des détergents ont été mis en place.

Le détergent, le savon, l’eau de Javel, les concentrés de tomates ont été soumis à l’autorisation spéciale d’importation ; pour le moment, ils ne sont pas soumis à l’autorisation spéciale d’exportation comme d’autres produits le sont. Autrement dit, la régulation ne concerne que l’impor-tation des produits similaires à ces produits.

S : Nous sommes dans la zone UEMOA, un espace communautaire qui préco-nise la libre circulation des biens et
des personnes. Qu’en est-t-il de la conformité de ce décret avec les normes communautaires ?

H.S : Ce décret est en phase avec les règles communautaires. Car, ce dispositif qui a été mis en place n’est pas fait pour interdire l’importation de produits similaires étrangers. Il s’agit juste pour permettre à l’Etat d’avoir de la visibilité pour suivre les flux d’importations et réguler le marché intérieur pour accompagner nos unités nationales dans l’écoulement de
leurs productions et protéger nos consommateurs. Cela veut dire que les produits similaires que l’on vient d’inscrire sur la liste des produits soumis à l’autorisation spéciale d’importation et d’exportation sont toujours importés, mais le marché est régulé.

S : Nous sommes dans le « mois du consommer local ». Quel est message voulez-vous lancer à toutes les
parties prenantes, notamment les importateurs et les populations, pour accompagner cette mesure du gouvernement burkinabè et permettre à ce décret de produire tous les effets attendus ?

H.S : Ces produits mis sur le marché sont le résultat des efforts de tous : du gouvernement, de la population et du secteur privé. Il appartient donc à tous les Burkinabè de consommer ce que nous produisons et transformons afin de booster nos investissements, de garantir la rentabilité de ces unités, de créer des emplois. A travers ce mois du consommons local, nous voulons inviter toute la population
à consommer ce que nos unités industrielles mettent sur le marché afin d’assurer leur pérennité. Nous gagnerons à consommer ces produits afin de permettre de rentabiliser leurs investissements, de créer des emplois pour nos enfants et nos frères et créer de la richesse au profit de tout le monde et également assurer la protection de tout un chaque un de nous en tant que consommateur. Car, ces mesures de régulation profitent au final aux consommateurs. C’est un cri du cœur que je lance à toute la population : consommons ce que nous produisons, consommons ce que nous connaissons. Encourageons nos unités industrielles en consommant leurs produits. Et dans c’est cette dynamique collective que nous allons travailler à valoriser notre industrie nationale qui fera la fierté de tous les Burkinabè qui va contribuer à booster notre économie.

Interview réalisée par
Mahamadi SEBOGO
Windmad76@gmail.com

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