M. Simon Kaboré, Directeur Exécutif du Réseau d'Accès aux Médicaments Essentiels (RAME)

Le Réseau d’accès aux médicament s essentiels (RAME) travaille depuis plusieurs années pour l’accès aux soins des malades du sida et aux PV/VIH.
Des succès ont été engrangés. Toutefois le RAME ne baisse pas la garde, car il continu à plaider pour l’accès aux antirétroviraux de troisième génération et des multiples examens nécessaires pour le suivi des patients. Aujourd’hui, outre le VIH/Sida qui demeure l’épicentre de son combat, le RAME élargie sa mission pour la couverture santé universelle et la lutte contre la Covid-19. Nous avons rencontré le Directeur Exécutif du RAME, M. Siomon Kaboré, qui nous dresse l’étape actuelle dans la lutte contre le VIH/Sida, les nouveaux champs de batailles de la structure, sa perception de la politique sanitaire du Burkina et de l’Afrique, les engagements envers les partenaires et les défis etc.

“Au moment où la lutte était intensifiée, correspondait à une période ou l’accès aux ARV était quasiment impossible pour la majorité des patients”

I-Burkina (IB) : Monsieur le Directeur Exécutif, le combat prioritaire du RAME, était la disponibilité et l’accès des antirétroviraux aux malades et aux PV/VIH  au Burkina. Après cet acquis, quel est le défi sanitaire maintenant de votre structure ?

Simon Kaboré (SK) : Effectivement nos premières activités étaient axées sur l’accès aux soins des PV/VIH au Burkina, notamment l’accès aux antirétroviraux. Comme vous le dites il y a eu des acquis sur le terrain dans ce sens, mais nous ne pouvons pas fondamentalement dire que le défi a été relevé. Parce que le combat se poursuit à un notre niveau c’est-à-dire l’amélioration des soins suivant l’évolution de la qualité des produits sur le marché international. Ce qui fait que nous avons toujours des problèmes concernant l’accès aux molécules de dernières générations, notamment les ARV de troisième ligne. Il y a aussi les examens et les services liés aux VIH/Sida dont le coût constitue toujours des barrières aux malades qui en ont besoin. Nous faisons présentement les plaidoyers pour l’accès des ARV de troisième ligne aux malades. Bref, il y a des enjeux encore à relever dans le combat.

En plus du VIH/Sida, nous travaillons également sur les grandes pandémies comme la tuberculose, le paludisme qui constituent toujours à nos jours des maladies très meurtrières dans notre pays.

Nous attirons aussi l’attention sur les maladies non transmissibles qui font des ravages dont on n’en parle pas assez.

Il y a aussi la couverture santé universelle que nous pensons voir être une réponse globale aux problèmes de santé des populations. Voilà succinctement le nouveau paysage que le RAME mène comme combat.

Les activités du RAME présentement se tournent vers la santé maternelle et infantile, la Covid-19 etc. Comment appréciez-vous globalement la mesure gouvernementale sur la gratuité des césariennes et la gratuité de soins des enfants de moins de 5 ans au Burkina ?

Nous avons suivis l’évolution de cette mesure du gouvernement. La mortalité liée à l’accouchement et chez les enfants de moins de 5 ans prenait des proportions inquiétantes au Burkina. La décision gouvernementale dans ce sens était salutaire. Partant de là, nous nous sommes engagés à accompagner cette initiative en prenant part avec l’équipe gouvernementale sur le terrain dans le contrôle.

Sur ce point, nous avons pu constater les efforts du gouvernement qui sont louables, même si on peut toujours noter des insuffisances à combler. Il y a des insuffisances notamment en termes de disponibilité des intrants, de respect des bonnes pratiques de gestion par les agents de santé. Naturellement, nous contribuons à dénoncer ces pratiques, afin que des mesures correctives soient apportées pour améliorer la gestion.

Monsieur le Directeur exécutif, comment expliquez-vous l’effritement progressif constaté dans la campagne contre le VIH/Sida par les multiples associations qui étaient créées à cet effet ?

Je pense que cela est lié au progrès réalisé dans la lutte contre le VIH/Sida. Au moment où la lutte était intensifiée, correspondait

à une période ou l’accès aux ARV était quasiment impossible pour la majorité des patients. Les malades étaient assez visibles au niveau de la société. Aujourd’hui, les gens ont accès aux traitements qui les permettent de vivre dignement. On n’a plus l’image du malade grabataire, immobilisé sur le lit d’hôpital etc. Je pense que cela joue globalement sur la conscience de l’opinion générale.

L’engagement dans la lutte est toujours d’actualité, seulement sur des aspects plus pointus sur le suivi des traitements à long terme, la gestion des effets secondaires à long terme, l’accès aux molécules de troisième génération etc. C’est ce qui explique que les actions soient moins visibles et moins d’actions de sensibilisation de masse qu’au début. Aujourd’hui, la maladie n’est plus vue comme fatale, la stigmatisation s’effrite etc., néanmoins nous continuons la sensibilisation sur l’usage du préservatif, l’abstinence et les tests de sérologie. Avec le Covid-19 on parle de mesure barrière, on devrait en parler aussi sur le Sida, car le port du préservatif est aussi une mesure barrière contre le VIH/Sida.

La couverture santé universelle est aussi dans le plan de développement sanitaire au Burkina. Est-ce que le RAME suit l’évolution de sa mise en œuvre ? Comment accélérer le processus ?

Bien sûr. Nous suivons la mise en œuvre de la couverture santé universelle. Nous essayons de voir comment les politiques se mettent en place. Notre sentiment global est qu’il y a une volonté politique affirmée. Parce qu’en niveau du Programme national pour le développement économique et social (PNDES), l’un des axes concerne le capital humain  et cela passe par l’accès à la santé pour tous. Il y a au ministère de la santé un secrétariat technique sur la couverture santé universelle qui mise en place. Nous avons vu l’adoption du régime d’assurance maladie universelle qui contribue à asseoir l’initiative  qui s’en occupe. Ce sont des actions que nous saluons, mais nous constatons que l’évolution d’ensemble est très lente. Il faut nécessairement accélérer, car cela fait plus d’une dizaine d’années que nous sommes dans le processus. C’est vrai que les soins des femmes enceintes et la gratuité des soins de moins de 5 ans entre dans la dynamique de la couverture santé universelle, mais nous voulons que les choses s’accélèrent et que tout citoyen lambda  puisse  avoir accès aux soins quel que soit sa situation sociale, financière.

Notre souhaite aussi est que l’opinion publique s’y intéresse, cela peut contribuer aussi à faire avancer les choses et à attirer l’attention des partenaires sur la question.

La Covid-19 est venue confirmer les insuffisances en matière d’équipement et de dysfonctionnement de la politique sanitaire au Burkina et d’une manière générale en Afrique. Quelles leçons pouvons-nous tirer de cette pandémie du coronavirus ?

La première leçon que nous pouvons compter est que nous prenons conscience à compter d’abord sur notre propre système sanitaire.

Avant, des dirigeants et ceux qui ont le pouvoir d’achat plus élevé peuvent se donner le luxe d’aller se faire soigner à l’extérieur.

Avec la Covid-19, le monde s’est arrêté, les frontières étaient fermées et quel que soit les moyens disponibles que l’on dispose, personne ne pouvait se faire évacuer. Cela doit constituer un enseignement pour tous les pays africains à développer leurs systèmes sanitaires avec des équipements adéquats.

La deuxième leçon, il faut dès maintenant développer la recherche, la spécialisation des agents de santé, l’équipement des laboratoires, et avoir un système d’alerte sanitaire efficace etc.

La troisième leçon, Il y a aussi la nécessité de revaloriser la médecine traditionnelle à travers le développement des plantes médicinales.

En somme, nous devrons réfléchir pour chercher les voies et moyens à ne plus être structurellement dépendant de l’extérieur en matière de santé.

“Il y a aussi la nécessité de revaloriser la médecine traditionnelle à travers le développement des plantes médicinales”

La leçon générale et plus communautaire qui est à la portée de tous, mais que malheureusement nous négligeons c’est le lavage des mains et l’hygiène en général. Il y a beaucoup de maladies que nous pouvons éviter en se lavant les mains et en entretenant l’hygiène autour de nous : par exemple le paludisme, les maladies diarrhéiques etc.

Les populations doivent s’approprier les mesures d’hygiène en famille, dans les services, dans les quartiers, il y va de la santé pour tous.

La vision du RAME et ses actions sur le terrain l’ouvre les portes des grands partenaires. Qui sont-ils ? Quelles sont les clauses de votre partenariat ?

On peut dire qu’on a des ‘’grands’’ partenaires, si bien qu’on est toujours dans la recherche perpétuelle des partenaires.  Actuellement nous avons des partenariats à plusieurs niveaux.

Au niveau national, il y a le ministère de la santé qui nous appui avec le budget de l’État. Nous saluons le ministère pour son soutien.

Nous  avons aussi des partenaires au niveau des coopérations bilatérales : comme l’initiative ‘’cinq pour cent’’ de la France qui finance l’observatoire citoyen pour l’accès au service de santé. Il y a aussi la coopération allemande à travers BACKUP Santé de la GIZ qui finance nos activités en matière e promotion du suivi stratégique citoyen des politiques de santé. Il y a l’USAID qui finance la dynamique de recevabilité que nous engageons dans le cadre de la couverture santé universelle.

Nous avons des partenaires dans la coopération multilatérale telle que le Fonds mondial de lutte contre le VIH/Sida, le paludisme et la tuberculose, qui finance également l’observatoire communautaire.

Nous avons aussi d’autres partenaires tels que DIAKONIA qui nous accompagne.

Quant aux clauses, chaque partenaires à sa spécificité. Mais d’une manière générale, ils mettent à notre disposition les financements sur la base d’un plan de travail que nous les soumettons. En retour nous avons l’obligation d’exécuter le travail convenablement tant en qualité, au respect de l’échéance et le devoir de rendre compte (tenir une comptabilité transparente). En outre, nous sommes soumis aux audits des partenaires qui mandatent des cabinets pour le contrôle. S’il y a des manquements nous sommes contraints  à rembourser les sommes dues. Donc, nous avons intérêt à travailler dans la règle de l’art.

Interview réalisée par JZ

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