Tout est parti d’un don de 130 tablettes d’une valeur de 65 millions Fcfa de la société Huawei SA aux élus nationaux. C’est la ministre de l’économie numérique et des postes Mme Aminata Sana qui a remis symboliquement la dotation des tablettes de Huawei Technologie / Burkina au président de l’Assemblée nationale Dr. Salifou Diallo le 10 novembre 2016.

Du coup cela a soulevé une tôlée générale avec des interprétations différentes au sein de la classe politique, des leaders de la société civile, des médias et à travers les réseaux sociaux. Pour la simple raison, que dans la lutte contre la corruption une loi avait été votée interdisant la recption des cadeaux d’une valeur de plus de 35000 fcfa par les autorités publiques.

Ce don de Huawei SA vient à un moment ou la société chinoise est en train d’exécutée la réalisation des travaux de construction de la fibre optique sur le tronçon Ouaga-Manga-Paga frontière du Ghana. Un marché de 4 milliards Fcfa, qui d’ailleurs avait été attribué à Huawei à travers un avis d’appel

Le Président de l'Assemblée nationale, Dr. Salifou Diallo recevant une tablette des mains de la ministre de l’Économie numérique Aminata Sana/Congo
Le Président de l’Assemblée nationale, Dr. Salifou Diallo recevant une tablette des mains de la ministre de l’Économie numérique Aminata Sana/Congo

d’offre restreint accéléré. Les 130 tablettes d’une valeur totale  de 65 millions Fccfa équivaut à 500.000f cfa l’unité. Dans l’esprit du donateur HUawei technologie/Burkina Faso, ce don aux députés vise à améliorer les conditions de travail. Et la ministre de l’Economie numérique en ces termes : « C’est dans le cadre de la modernisation de l’administration publique que nous avons pu à travers la société Huawei Technologies obtenir 130 tablettes à hauteur de 65 millions de FCFA pour les honorables députés, après le don aux membres du gouvernement. Nous avons encore d’autres initiatives en faveur des étudiants et en faveur aussi de la population. Donc, nous attendons d’avoir des dons pour pouvoir satisfaire la population ».

Le problème est que les députés sont concernés par la loi 004-2015/CNT portant prévention et répression de la corruption au Burkina Faso.

La polémique s’amplifie…

La plupart des députés contactés par la presse  disent ne pas en savoir davantage sur le sujet. Alexandre Sankara (UNIR/PS) et  Moussa Zerbo de l’UPC qui se sont exprimés sur le sujet s’interrogent sur la sécurité des tablettes de même que sur les dispositions de la loi anti-corruption. D’ailleurs ils sont unanimes qu’un parlementaire peut s’offrir une tablette. Même son de cloche pour le président du groupe parlementaire UPC le député Amidou Ido qui pense que : « Il y a vice de forme dans la procédure car tout octroie aux députés passe par  le groupe parlementaire qui discute en réunion  sur tous les contours. Alors que là j’apprends la nouvelle en tant que président du groupe UPC depuis Bamako. Je le dis et répète moi je n’en veux pa”. Abdoul Karim Sango, juriste, enseignant de droit public à l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (ENAM) dans sa page facebook  : « En acceptant un tel don de la part d’une société privée qui a obtenu un important marche public de l’Etat il y a de cela a peine trois mois, les députés et l’AN tombent sous le coup de la loi contre la prévention et la répression de la corruption. Cette loi interdit à toute personne publique de recevoir un don qui n’entre pas dans les usages conventionnels de la part d’un particulier qui sollicite ou a obtenu un service de l’État.
Au-delà du problème de droit que soulève ce geste et on attend de voir comment l’ASCE va l’apprécier, ce qui me choque ici c’est la faible prise en compte de l’éthique dans la gouvernance de nos institutions. Sauf dans les démocraties tropicalisées, on ne doit pas tolérer ce genre d’actes. Pourquoi, une entreprise étrangère offrirait-elle des tablettes dernier cri a des élus du peuple charges de contrôler l’action du gouvernement? Au-delà de dénoncer l’attitude des députés, il me semble que nous devons interroger sérieusement la procédure par laquelle Huawei a obtenu son dernier marche dont le montant s’élèverait à 4milliards FCFA ? De ce point de vue, une enquête administrative conduite par l’ASCE ne serait pas de trop».

Quant à Souleymane Ouédraogo dit Basic-Soul un activiste de la société civile également pense que : « Les tablettes données par la multinationale chinoise, ayant une valeur unitaire de 500 000F, on peut conclure que les députés les ont accepté en violation flagrante des lois et règlements puisque selon un décret pris en conseil des ministres le mercredi 27 avril 2016, les agents publiques de l’État ne doivent plus accepter des cadeaux dont la valeur excède 35 000 F CFA. De là à conclure que les députés ont été corrompus, il n’y a qu’un pas, qu’il ne faut pas hésiter à franchir allègrement ».

Quelle destination sera réservée à cette dotation de tablette qui divise l’opinion publique et les parlementaires burkinabè ? Affaire à suivre…

Alassane Millogo (Collaborateur)

 

 

 

 

 

 

 

 

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