Dr. Daouda Dialo, Porte-parole du Collectif contre l'impunité et la stigmatisation des communauté (CISC)

Secouée par des attaques terroristes la population burkinabè vit dans la psychose dans certaines zones du pays. Pour jouer sa partition dans cette lutte contre le terroriste, le Collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés (CISC) a été créée pour inviter les burkinabè à ne pas se laisser tomber dans le piège des terroristes qui vise à opposer nos communautés. Pour en savoir davantage les objectifs et les moyens d’action du CISC, nous avons rencontré Dr. Daouda Diallo, Porte-parole du Collectif, qui répond à nos questions sans détour.

“Certains enfants ratés de la communauté peulh ont pu rentrer dans cette branche radicalisée.”

IBurkina (IB) : Succinctement, dans quel esprit a été créé le Collectif contre l’Impunité et la Stigmatisation des Communautés (CISC) ? Les objectifs poursuivis et les moyens d’actions ?

Dr. Daouda Diallo (DD) : Le CISC est né au lendemain du massacre de Yirgou en janvier 2019. En effet en début janvier 2019, durant deux ou trois, il y a eu des burkinabè qui ont donné la mort à d’autres burkinabè, sur une base communautaire. L’indignation était générale. C’est à partir de là que des OS, des organisations de droit de l’homme, des organisations à caractère culturelle et communautaire ont tenu à former ce regroupement dénommé Collectif contre l’Impunité et la Stigmatisation des Communautés (CISC).

L’objectif phare est d’aider à soigner les intérêts des victimes des violences et condamner tout acte de violence quel que soit l’auteur ou la provenance. Surtout travailler à renforcer la solidarité entre les communautés du Burkina, le dialogue entre les communautés et lutter contre la stigmatisation. Faire des propositions sur les questions de gouvernance et la cohésion sociale. Pour réussir le Collectif a mis en place des commissions spécialisées qui comprennent plusieurs volets notamment : communication, humanitaire, cohésion sociale etc.

Depuis 2016, l’insécurité règne au Burkina avec pour corollaire des attaques terroristes. Quel être l’engagement de tous les burkinabè pour combattre ce mal ?

C’est malheureux. Le Burkina a connu sa première attaque en 2015 à Samorgohan. Ensuite il y a eu l’attaque de janvier 2016 à Ouagadougou. Depuis lors les attaques sont fréquentes contre le Burkina. A partir de là chaque burkinabè devrait comprendre que la situation que nous vivons est nouvelle et aussi mondiale. L’Amérique, l’Europe, l’Asie, l’Afrique sont tous concernées. Parant, la lutte nécessite une union sacrée de tous les burkinabè pour prendre des mesures qui s’imposent comme actuellement le cas de la Covid-19.

Contre le terrorisme, un tel élan était recommandé en lieu et place de soupçonner, de stigmatiser. Les terroristes viennent de différentes couches sociales. Le mauvais comportement d’un individu ou d’un poignet d’individus n’engage pas sa communauté. Si cette réflexion est menée, c’est un pas de gagner. Car les terroristes nous tendent des pièges que nous devrons savoir éviter. Il y a le piège religieux, la couleur de la peau, l’appartenance communautaire etc. C’est connu, aucune religion dans ces fondements ne prône la violence. Donc, ces terroristes veulent détruire notre tissu social, notre bien-être, notre pays. Le constat est là. Aujourd’hui il y a la psychose de voyager librement à l’intérieur de notre propre pays.

Le terrorisme nous tend des pièges. Dans ce cas qu’est-ce que le CISC entreprend comme sensibilisation au sein de la population pour qu’elle ne tombe pas dans ce piège ?

Nous disons haut et fort qu’il faut éviter de tomber dans les hypothèses faciles, dans la stigmatisation etc. Quand les terroristes attaquent des fidèles d’une religion, une communauté donnée, c’est dans l’intention de nous retourner contre nous-même. Nous ne devrons pas tomber dans ce piège. Ensuite nous devrons nous poser des questions qu’est ce qui rend les gens vulnérables pour qu’ils  se laissent facilement recruter par les terroristes. Est-ce qu’aujourd’hui les gens ont tous accès à l’éducation, la sensibilisation, la responsabilisation etc. pour ne pas être vulnérable à la merci des terroristes. Toutes ces questions nous interpellent.

L’harmonie et la coexistence pacifique sont légendaires au Burkina. Comment garder le cap de cette exemplarité ?

Le contexte actuel du Burkina est malheureusement marqué depuis un certain temps par l’incivisme. Il y a aussi que depuis un certain temps il y a la monté de la violence, bien avant les attaques terroristes. A cela se greffe une justice privée qui commet des dérives impunément. C’était inquiétant. La solidarité légendaire est approuvée par ce qu’il y a certaines valeurs qui ne sont plus respectées. Il y a les coutumiers qui étaient jadis des références pour résoudre les différends entre leurs sujets. Aujourd’hui, il y a un effritement des valeurs qui affectent le tissu social. Il faut ajouter aussi, que la pression démographique est aussi un facteur qui freine les efforts de la maîtrise des comportements et des agissements des gens. L’occupation des terres etc., sont autant de fléaux qui dressent les uns contre les autres.

Certains terroristes sont malheureusement des burkinabè de tout bord. Peut-on parler de stigmatisation encore contre une communauté dans cette lutte ?

Oui. La stigmatisation s’explique parce que le terrorisme est entré au Burkina par l’ouest avec la première attaque à Samorgohan en 2015. Aujourd’hui il faut remarquer que certains enfants ratés de la communauté peulh ont pu rentrer dans cette branche radicalisée.

Il y a l’exemple de Malam Dicko et Amadou Kouffa qui ne représentent absolument rien au sein de la communauté peulh, des illustres inconnus, mais le fait qu’ils portaient le patronyme peulh ont exposé les autres membres de la communauté peulh. Mais il y a lieu de signer que la faute collective n’existe pas et la punition collective n’est pas une solution. C’est le fauteur de trouble qui doit être sanction, mais pas l’ensemble de son entourage.

Malheureusement, il y a des gens qui indexent ou accusent de façon manifeste ou voilée une certaine communauté : c’est ce qu’on appelle la stigmatisation. Si vous entendez certains témoignages ça fait froid dans le dos. La situation est présentée comme si c’était les membres d’une seule communauté qui entretienne le terrorisme au Burkina. Pourtant non. Le terrorisme est animé par plusieurs acteurs appartenant à plusieurs communautés. Ce n’est pas parce qu’un élément égaré d’une famille est devenu terroriste qu’on doit suspecter l’ensemble de sa famille. La stigmatisation peut engendrer un dérapage dans la lutte. Le Président du Faso même condamne la stigmatisation. C’est déjà une avancée qualitative.

Les Forces de défense et de sécurité, de même que les populations innocentes sont quotidiennement des victimes des attaques terroristes. Quels réconforts le CISC les témoigne ?

C’est toujours avec une grande tristesse que nous apprenons les pertes en vie humaine de nos FDS qui se battent inlassablement nuit et jour pour garantir la sécurité aux Burkinabè. Dans ce sens nous produisons des communiqués de condamnations des attaques barbares qui endeuillent nos populations et nos FDS. Ensemble nous devrons soutenir nos FDS dans cette lutte dans la collaboration, les prières et tous les encouragements possibles.

Certaines Organisations de la société civile et mouvements des droits de l’homme en Afrique se réfèrent aux déclarations de L’ONG international Human Righs Watch (HRW), pour activer leurs critiques vis-à-vis de la gouvernance dans leur pays. Pensez-vous que cette ONG connait mieux la réalité de nos États ?

Je pense que c’est une structure qui a des gros moyens pour ses investigations. La preuve est qu’elle est présente sur le plan international. Je ne peux pas m’interroger sur leurs moyens. Parce qu’en plus des enquêtes sur le terrain, nous avons l’impression qu’elle s’appuie également sur des visions satellitaires ou d’autres technologies que nous ignorons. En somme je pense qu’elle rassemble beaucoup de facteurs à son profit pour élaborer les rapports. Nous lisons leurs rapports et il y a dès fois des similitudes. Ce qui est important pour chaque pays africain, est que nous travaillons nous même à améliorer la transparence, la justice etc., pour ne pas leur laisser influencer sur nos questions intérieures.

Donneur de leçon en Afrique sur les droits de l’homme, Human Righs Watch se prononce rarement sur les crimes racistes contre les noirs dans les pays occidentaux. Qu’en pensez-vous ?

Human Righs Watch est présent dans tous les continents. Ce qui arrive en occident en termes de violations de droits humains, on se rend compte que l’autorité s’assume rapidement. C’est ce qui se passe présentement aux USA avec la mort de Georges Floyd. Le criminel et ses collaborateurs sont déjà aux arrêts et seront jugés. L’administration américaine, les politiques, la population etc., sont tous mobilisés pour la justice pour Georges Floyd. Mais en Afrique, c’est nous qui donnons l’occasion à Human Righs Watch d’en parler à cause de la lenteur judiciaire. Si l’autorité judiciaire en Afrique était aussi réactive sur les questions brûlantes comme en Occident, HRW n’aura pas grande chose à dire.

Sur la situation spécifique du Burkina Faso, quel appel le CISC lance à l’endroit des leaders politiques, coutumiers, religieux et la population en générale ; dans le sens du renforcement de la paix, la cohésion sociale pour la prospérité du pays ?

Nous souhaitons que l’autorité politique travaille aujourd’hui à convoquer une conférence nationale sur les questions des communautés. Nous voulons que l’autorité politique s’assume pleinement, car comme dit l’adage : «l’arbre de la paix s’arrose avec l’eau de la justice».

Vis-à-vis des autorités coutumières, nous souhaitons qu’ils comprennent que le pays a plus que besoins d’eux à leur que nous traversons. Nous souhaitons particulièrement que les leaders coutumiers invitent à l’arrêt de la stigmatisation et à l’apaisement.

Quant aux leaders religieux, chacun à son niveau peut prêcher à ses fidèles les bienfaits faits du vivre ensemble, l’harmonie etc.

Pour le citoyen ordinaire, il faut comprendre que c’est l’union qui rendra notre patrie forte. Donc, il faut s’unir pour faire face à l’ennemi. Car c’est la seule façon d’anéantir l’ennemi terroriste.

Interview réalisée par JT

 

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