Le Président par intérim et Président de l'Assemblée nationale Dr. Salifou Diallo du MPPde l'Assemblée nationale du Burkina Faso, Dr. Salifou Diallo

Le président de l’Assemblée nationale, Dr. Salifou Diallo demande au gouvernement d’être plus ‘’audacieux et imaginatif’’, parce que le schéma classique dans lequel il évolue n’entrainera aucun développement du pays, même dans 10 ; 20 ans. Il faut selon le chef du parlement, que l’exécutif sache dire ‘’non’’ à la banque mondiale et au Fonds monétaire international et procéder à un endettement massif du pays, évitant ainsi de se faire perfuser à petite dose. Un langage ‘’direct’’ qui semble traduire que l’un des hommes du pouvoir et pas des moindres n’est pas d’accord avec la conduite de la barque nationale.

Le président de l’assemblée nationale avait visiblement des choses à dire au gouvernement. Et le 21 Juillet 2016, alors que le ministre de l’économie et du développement Rosine Sori-Coulibaly était allée présenter aux députés le document de programmation budgétaire économique pluri annuel 2017-2019, il n’a pas manqué l’occasion d’assener ses vérités dans un langage qu’on lui connait.

Pour lui, les populations n’ont que faire des différents programmes bien ficelés et présentés à la représentation nationale et qui ne changent pas consubstantiellement leur vie. En plus, les taux de croissance annoncés et exhibés ne sont pas ressentis par les populations. « Aujourd’hui quand on dit que le taux de croissance est à 7,8%, cela ne dit rien au paysan de Logobou (Ndlr. département situé dans la province de la Tapoa dans la région de l’Est) quand il n’a pas de routes, d’écoles ; mais votre taux de croissance ne signifie absolument rien ».

Mieux, le président de l’Assemblée nationale demande au gouvernement d’apporter le Programme national de développement économique et social (PNDES), référentiel de développement pour les prochaines années, pour que les députés le dissèquent programme après programme, secteur après secteur, année après année. Une manière de vérifier ce qui sera fait concrètement ; par exemple si la route qui va de Logobou à Bobo Dioulasso pour exporter le coton ou le bétail sera réalisée.

Un exemple concret de ce qui peut booster le développement du pays, mais reste délaissé, le chemin de fer. « Depuis 1960, on n’a qu’un seul chemin de fer, là aussi réalisé à moitié par le colon. On a lancé la bataille du rail sous la révolution, jusqu’à Kaya, et malheureusement elle a été interrompue. Nous ne faisons plus d’efforts pour mobiliser le peuple, continuer cette bataille et arriver à Tambao et exporter et le manganèse et le bétail. Nous sommes là et dépendants d’opérateurs économiques hypothétiques qui chaque année promettent d’exploiter Tambao et les rails, après eux-mêmes sont pris dans des nasses bizarres on ne les voit pas venir, sauf à l’aéroport de Ouaga pour repartir », a-t-il regretté.

Salifou Diallo Sceptique

Par ailleurs, le président de l’assemblée nationale a exprimé son inquiétude après l’exposé du ministre de l’économie et du développement sur la programmation pluri annuelle. « Vous dites dans votre exposé qu’on envisage utiliser 60% des ressources propres pour atteindre un taux de croissance de 8%. Objectivement, quand on regarde notre pays, et quand on considère les ressources propres (budgétaires) de notre pays- vous avez dit ici lors de l’adoption de la loi rectificative des finances que 94% des ressources budgétaires servent à gérer l’Etat (salaires, fonctionnement de l’Etat). Il reste 6% est ce que 6% des ressources propres peuvent influer un développement pour atteindre 8% de taux de croissance. C’est une question de fonds ».

Autre point qui rend ‘’Gorba’’ sceptique, c’est le programme présidentiel, document de cadrage macroéconomique dans lequel il n’y voit aucun « trait d’audace ». « Les populations à la base ne nous demandent pas si tel document a été bien élaboré ; après l’insurrection populaire elles nous demandent quand est-ce que ça va bouger et il faut que ça bouge. Nous le disons en toute sincérité parce que nous sommes du même pays et il faut que le gouvernement ait de l’audace et de l’imagination. Nous ne voulons pas d’une gestion classique et bureaucratique », a poursuivi l’occupant du perchoir qui a précisé que les remarques ne sont pas adressées seulement au ministre de l’économie et du développement, mais à l’ensemble du gouvernement.

Savoir dire ‘’non’’ aux institutions de Breton woods

Le chef du pouvoir législatif est convaincu d’une chose, le Burkina Faso ne se développera pas s’il ne revoit pas ses accords avec le FMI et la Banque mondiale. Il faut sortir du schéma classique, « procéder à un endettement massif et mobiliser les populations pour que cet endettement massif amène le pays à bouger ».

Le gouvernement, poursuit-il, doit avoir le courage d’arrêter de se faire « perfuser à petite dose ». Cependant, précise-t-il, il ne s’agit pas de s’endetter pour construire des châteaux ou permettre à une minorité de s’enrichir, mais plutôt pour des programmes populaires.

Pour étayer son argumentation, Salifou Diallo prend l’exemple de certains pays asiatiques. La Malaisie avait au début, un taux de 4 ; 5 % avec des ressources énormes, mais la Banque mondiale du FMI le tenaient sous leurs jougs.

« Le jour où ils ont dit non à la Banque mondiale et au FMI (…), ils ont mobilisé leur peuple, au début c’était difficile, mais trois ans après, ils ont dépassé le taux de croissance à deux chiffres et aujourd’hui, ils font partie des dragons. Il y a pleins d’exemple comme ça ».

Conviction de l’ancien ambassadeur du Burkina en Autriche, il faut que le gouvernement apprenne « d’abord à dire non au FMI, à la banque mondiale et les amener à la table de négociation », même si cela ne semble pas simple. Il confesse que les institutions de Breton Woods sont fortes et ont « des fauches caudines pour nous chauffer », mais le gouvernement doit faire « le pari de les affronter ».

C’est une question de survie, parce que, a-t-il renchéri, si les gouvernants ne le font pas et restent dans le schéma classique, même dans 10, 20 ans, le Burkina Faso va nous tourner en rond et son taux de croissance n’atteindra pas 8%.
Par contre, si l’ambition du Burkina Faso, c’est de continuer à être le bon élève du FMI, et de la Banque mondiale, Gorba prévient que cette position n’amènera nullement le développement. « Je n’ai jamais vu un pays noté 10 sur 10 par le FMI et la Banque mondiale et qui s’est émancipé ».

« Regardez la misère de notre pays, on peut essayer, si on échoue, on recommence. On peut rompre et gagner, on peut rompre et perdre, les générations futures vont continuer. Ce qui serait inopérant et dangereux, c’est le classicisme, la routine », a rempilé le député du MPP, parti au pouvoir. L’orateur citera même Mao Tse-Tung ; “Du bon ordre, née le désordre’’ et demandera au gouvernement de faire la bagarre avec ces institutions, parce que le peuple sera derrière pour les soutenir.

Rosine Sori-Coulibaly qui a toutefois été félicitée par Dr. Salifou Diallo, est ressortie de l’hémicycle avec une mission confiée par ce dernier. Transmettre au gouvernement la volonté des représentants du peuple de l’accompagner pour les mesures fortes et non pas « pour ce qui est acceptable par les bailleurs de fonds ».
Source : Lefaso.net

 

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