Pour le ministre togolais des Affaires étrangères, l’indépendance assumée du Togo fait de lui un partenaire respecté et un médiateur crédible dans la région et au niveau continental.

De 2021 à 2025, le Togo a élaboré et mis en œuvre une première Stratégie pour le Sahel. En cette année 2026, le pays s’apprête à lancer une nouvelle stratégie. Dans une interview en date du 15 avril 2026, le Pr Robert Dussey, ministre togolais des Affaires étrangères, de la Coopération, de l’Intégration africaine et des Togolais de l’extérieur, revient sur le bilan de la première stratégie et les raisons de la nouvelle. La rédaction de Sidwaya vous propose les points saillants de cet entretien.

En ce qui concerne les raisons qui ont amené le Togo à élaborer une Stratégie pour le Sahel, le ministre togolais des Affaires étrangères, de la Coopération, de l’Intégration africaine et des Togolais de l’extérieur, le Pr Robert Dussey, a souligné que l’espace sahélien est devenu un foyer de violences terroristes, menaçant directement la stabilité de toute la région. « Dans ce contexte, un pays comme le nôtre, profondément attaché à la paix ne peut rester indifférent et se contenter d’être spectateur mais plutôt se positionner comme un acteur engagé pour la paix et la stabilité régionales … C’est dans cet esprit que le Togo, sous le leadership du Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, a entrepris cette initiative, ayant très tôt compris que les menaces sécuritaires du Sahel ne s’arrêteraient pas aux frontières sahéliennes », a-t-il soutenu.

Si l’AES vacille aujourd’hui, s’est convaincu le Pr Dussey, c’est toute la région qui sera menacée, avant de poursuivre que cette initiative relève non seulement d’un choix de lucidité mais aussi d’un élan de fraternité et de solidarité africaines. A entendre le ministre togolais, elle a été articulée autour de quatre piliers. Le premier met en exergue l’importance de la coopération régionale et interrégionale au service de la paix et de la stabilité. « Fidèle à cet esprit, le Togo réaffirme son attachement à la solidarité et à la mutualisation des efforts dans la lutte contre le terrorisme. Il s’était engagé à soutenir toute action collective visant à promouvoir la paix et à renforcer la stabilité, tant au niveau régional qu’interrégional », a-t-il noté.

Le deuxième pilier, foi du ministre togolais, s’attache à la diffusion de la vision togolaise de la paix. « Il s’agit d’apporter une contribution active à la construction de la paix en Afrique, en mettant en avant une approche qui dépasse la simple absence de conflit pour promouvoir des conditions durables de stabilité et de prospérité », a expliqué Robert Dussey. S’agissant du troisième pilier, il est consacré au soutien aux processus de normalisation politique, de transition démocratique et d’efforts de réconciliation par la médiation. Quant au dernier pilier, il s’inscrit dans une dynamique visant à appuyer une gouvernance responsable pour plus d’inclusion sociale et économique dans les Etats de la région du Sahel.

Une diplomatie proactive

En termes de bilan de cette première stratégie, le diplomate togolais a fait savoir que le chemin parcouru est porteur d’enseignements précieux. « Le Togo, fidèle à sa vocation de pays de dialogue et de médiation, s’est engagé aux côtés de ses partenaires sahéliens et régionaux pour accompagner et renforcer les processus de transition politique dans les trois (03) pays de l’AES … La médiation togolaise s’est notamment illustrée dans la résolution de la crise diplomatique entre la Côte d’Ivoire et le Mali, ayant abouti à la libération, le 4 janvier 2023, des soldats ivoiriens », a-t-il cité en exemple. Dans le même esprit de solidarité et de fraternité africaine, Lomé est demeurée aux côtés du peuple et du gouvernement burkinabè durant les heures délicates de sa transition politique, a affirmé le chef de la diplomatie togolaise.

A cela, il a ajouté la médiation de son pays pour la libération de certains VDP burkinabè en échange de soldats ivoiriens en 2024, un travail étroit et un dialogue permanent entre le Togo et le Burkina pour faire face au défi commun du terrorisme le long de leurs frontières. « Par ailleurs, le même élan solidaire et de renforcement de coopération s’est manifesté avec la République du Niger dès le 26 juillet 2023. Là encore, le Togo a privilégié la voie de la sagesse, en misant sur le dialogue et la concertation comme instruments de sortie de crise … Dans un environnement régional déjà très fragile, il n’était pas question pour le Togo que la région puisse jouer avec le feu. Heureusement que la raison a fini par prendre le dessus », a-t-il dit.

Une indépendance assumée

Pour lui, le bilan de cette première stratégie est donc « celui d’un engagement constant, d’une diplomatie proactive et d’une volonté inébranlable de promouvoir la paix et la stabilité dans notre région ». « Ce bilan est aussi un choix de souveraineté : nous avons affirmé que le Togo ne resterait pas spectateur des crises du Sahel, mais acteur engagé dans la prévention et la coopération. Notre détermination reste intacte, car nous savons que la stabilité du Sahel et celle des pays du Golfe de Guinée sont indissociables », a clamé le Pr Robert Dussey.

Pour lui, la persistance du terrorisme dans les pays du Sahel et le renforcement de la menace dans les parties septentrionales des Etats du littoral du Golfe de Guinée avec des attaques répétitives, la recomposition géopolitique avec la sortie du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CEDEAO et la création de l’AES ont rendu nécessaire l’option d’aller vers l’élaboration d’une nouvelle Stratégie du Togo pour le Sahel.  « Notre ligne est claire et constante : coopérer sans dépendre, dialoguer sans renoncer à notre souveraineté. Le Togo entretient des relations constructives avec ses partenaires internationaux, qu’il s’agisse des partenaires traditionnels ou les nouveaux venus, mais toujours dans le respect de nos intérêts nationaux. En nous rapprochant des Etats de l’AES, nous affirmons notre volonté de maintenir une coopération pragmatique face aux menaces communes », a-t-il insisté. Et de conclure : « Notre engagement est simple : le Togo coopère avec tous, mais reste maître de ses choix ».

Synthèse de la rédaction

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