Au Bénin, la Commission électorale nationale autonome (CENA) qui finalise le dépouillement des bulletins de vote de la présidentielle du dimanche du 12 avril 2025, devra proclamer incessamment les résultats provisoires. Deux candidats étaient sur le ring comme on le dit dans le milieu de la boxe, à savoir le dauphin du président sortant et ex-ministre des Finances, Romuald Wadagni et l’opposant et porte-étendard du parti, Forces Cauris pour un Bénin émergent (FCBE), Paul Hounkpè. Ultra favori, Wadagni, 49 ans, qui a bénéficié du soutien des partis de la majorité et a mené une campagne sans égal, devrait l’emporter en toute logique. Son mentor, Patrice Talon, qui a achevé deux mandats constitutionnels, a emménagé un boulevard vers la présidence pour lui, face à une opposition en perte de vitesse et loin de parler d’une seule voix.

Les forces de l’opposition en présence ne sont pas en odeur de sainteté. Les divergences au sein de FCBE, créé en 2003 par l’ex-chef de l’Etat, Boni Yayi, ont conduit à la démission de celui-ci et à la création en 2019 d’un nouveau parti d’opposition, Les Démocrates. Si le climat au sein de l’opposition n’était pas glacial, l’ancien ministre de la Culture, Paul Hounkpè, aurait eu le soutien de Yayi Boni et d’autres opposants. Absents au scrutin présidentiel, Les Démocrates n’ont pas donné de consignes de vote en sa faveur ni à celle du dauphin présidentiel. Le prétendant à la magistrature suprême du FCBE s’est battu seul, promettant de faire de la santé et de l’éducation nationale des secteurs prioritaires et de libérer les opposants en prison, mais ces arguments ont-ils suffi à convaincre les électeurs à faire de lui le futur chef de l’Etat béninois. Ce n’est pas une évidence.

En réalité, la présidentielle du 12 avril qui a connu une affluence relativement faible (20 et 40 % dans certains bureaux de vote), est une élection jouée d’avance. Face à une opposition que le régime Talon a contribué à affaiblir par des manœuvres, Wadagni, devra sortir maitre des urnes. Sauf cas de force majeure, le dauphin présidentiel devra s’installer avec tambour et trompette au Palais de la Marina et inscrire son action comme promis dans la continuité de son prédécesseur. Une chose est de prendre le pouvoir, une autre est de le gérer conformément aux attentes des Béninois. Si d’après les experts, le Bénin affiche une croissance soutenue, il reste confronté à de nombreux défis.

Wadagni, qui s’apprête à porter la charge présidentielle, aura fort à faire pour transformer qualitativement le pays, à la hauteur des attentes de ses compatriotes, dont le vécu n’est pas rose. Malgré les discours qui vendent un Bénin émergent, on note la persistance du chômage des jeunes, de la pauvreté et un recul des libertés publiques. Ces dernières années, des opposants ou des acteurs de la société civile critiques envers le pouvoir Talon ont été inquiétés, dans un pays considéré comme un modèle de démocratie. Mais le plus gros souci pour le  successeur de Talon sera l’insécurité, avec les attaques  terroristes constatées depuis  fin 2021 dans le Nord du pays.  Les groupes armés y sévissent, s’en prenant régulièrement à des cibles civiles ou militaires. La tâche présidentielle s’annonce difficile au Bénin…

Kader Patrick KARANTAO

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