Dans un récent rapport rendu public sur la situation des droits humains au Burkina Faso, l’ONG Human Rights Watch impute la responsabilité de massacres, viols, pillages, tueries et crimes aux Forces de défense et de sécurité (FDS) ainsi qu’aux Volontaires pour la défense de la Patrie (VDP). Comme il fallait s’y attendre, le gouvernement burkinabè a vigoureusement démenti ce qu’il qualifie de « tissu de conjectures et d’allégations infondées … d’une soi-disant ONG totalement déconnectée des réalités du terrain ».

Au-delà de la méthodologie et des approximations que lui reproche l’Exécutif, ce rapport relance le débat de la lecture et de l’interprétation des réalités intérieures par des acteurs extérieurs qui ignorent parfois, ou le feignent, les contextes de ces genres de crise. En effet, depuis maintenant une décennie, il est une évidence que plusieurs centaines de Burkinabè ont perdu la vie du fait du terrorisme avec à la clé, des récoltes incendiées, des centres de santé et des écoles détruits. Violentés et traumatisés, les « rescapés » ont été contraints de tout abandonner pour trouver refuge dans des zones plus sûres. Avec patriotisme, des Burkinabè se sont mobilisés en s’enrôlant comme VDP aux côtés des FDS pour défendre leurs terres et les libérer des mains de groupes terroristes qui devenaient de plus en plus équipés avec des renseignements d’une précision qui trahit le soutien dont ils bénéficient.

D’autres encore ont choisi de contribuer en nature et en espèce (Fonds de soutien patriotique) pour financer cette guerre. Et ce, parce qu’ils sont convaincus que malgré les condamnations et déclarations de principes, les sommets sous régionaux et internationaux, personne ne viendra les sortir de ce gouffre aux relents dominateurs. Au résultat, les forces combattantes ont repris du poil de la bête en mettant en déroute les forces du mal dans plusieurs localités (plus de 74% du territoire reconquis), en consolidant ces zones et en réinstallant les populations déplacées. Ce rapport de Human Right Watch vient donc remettre en cause la lutte existentielle de tout un peuple au prix du sacrifice suprême afin de redonner à des milliers de Burkinabè la dignité perdue et à un Etat qui était menacé jusque dans ses fondements, son intégrité territoriale.

C’est alors à se demander si combattre des terroristes qui s’attaquent à des populations civiles, enrôlent des enfants dans leurs rangs, enlèvent et violent des femmes, est une violation des droits de l’Homme. Neutraliser des sans foi ni loi qui détruisent des écoles et incendient des centres de santé, privant ainsi des milliers d’enfants et des millions de populations de leurs droits fondamentaux à l’éducation et à la santé, est-il attentatoire aux droits humains ? Dans son universalité, la question des droits humains et de leur respect doit d’abord se cerner sous le prisme de la protection des droits fondamentaux des populations civiles, notamment les droits à la vie, à l’intégrité physique, à l’éducation, à l’eau potable, à l’alimentation et à la santé.

Et, c’est le combat quotidien des forces combattantes depuis 2025. Lors de son interview du 1er avril 2026 avec la presse nationale et internationale, le Président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, l’a clairement signifié : la question des droits humains ne peut être dissociée du contexte sécuritaire. Mieux, combattre le terrorisme, rouvrir les écoles, sécuriser les populations et garantir l’accès à l’eau ou à l’alimentation relèvent pleinement de la promotion des droits humains. A cela s’ajoute le fait que les groupes armés utilisent souvent des équipements militaires burkinabè pour commettre leurs forfaits en les filmant et les diffusant pour jeter l’opprobre sur les forces combattantes. Le capitaine Traoré l’a d’ailleurs relevé, les éventuelles bavures des FDS et VDP font l’objet de procédures disciplinaires et de sanctions, preuve de la responsabilité de l’Etat. Dans le contexte qui est celui des pays du Sahel, la question des droits humains mérite donc une approche contextualisée qui gagnerait à intégrer la complexité de la crise marquée par une guerre asymétrique et des complicités internes et des soutiens extérieures.

Jean-Marie TOE

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